Caracas face à ses mères prématurées

mercredi 14 septembre 2011

  LIBERATION     PACOREL Julie

Au Venezuela, 20% des accouchements concernent de très jeunes filles. Face à ce phénomène qui se banalise, des associations réclament une plus grande égalité sexuelle, dans une société ultramachiste où l’IVG est interdite.

Dans son survêtement blanc, Daylin se déhanche sur un air de salsa. Un exercice « pour faire bouger le bébé », explique la professeure de danse. Enceinte de deux mois, la jeune fille de 16 ans a toujours la taille ultrafine et la poitrine à peine naissante. La jolie métisse aux boucles noires a connu la même histoire que beaucoup de ses copines : la pilule du lendemain « a foiré ». Elle a su qu’elle était enceinte lorsqu’elle a commencé à vomir tous les matins. « Je n’ai pas pleuré, se vante-t-elle en triturant son serre-tête, mais ma mère m’a traitée de tous les noms, disant que j’étais une traînée. »

Comme la plupart des mères adolescentes, c’est seule qu’elle s’occupera de son enfant. « C’est mieux comme ça, le type avec qui j’ai couché est un sale type, il est violent », lâche-t-elle en haussant les épaules. L’éducation de son bébé ne lui fait pas peur, elle en a déjà un à charge, « une petite fille qu’une voisine a abandonnée ». Au Venezuela, l’avortement est interdit.