L’OPEP cherche quelque chose qui n’existe pas

Entretien avec John Gault

jeudi 23 septembre 1993

  GAZETTE DE LAUSANNE

Les prix du pétrole sont au plus bas depuis trois ans Si certains observateurs parlent de « la crise la plus grave depuis 1986 », John Gault, consultant à Genève, porte un regard plus modéré sur la situation actuelle. Même s’il voit mal comment l’Organisation des pays exportateurs de pétrole pourra faire remonter les prix lors de sa prochaine réunion ministérielle samedi à Genève...

John Gault est consultant à la tête I d’une société qui porte son nom à I Genève, spécialisé dans les questions * énergétiques, en particulier en rela­tion avec le pétrole et le gaz. Après avoir engrangé une licence à l’Université de Yale et un diplôme à celle de Harvard, enseigné l’économie à l’Université amé­ricaine de Beyrouth et à celle de Bir Zeit, en Jordanie, l’Américain a mené une carrière de consultant, travaillant tan­tôt pour des sociétés privées (First Ara- bian Corporation, Jensen Associates et International Energy Development Corporation), tantôt à son compte per­sonnel.

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L’OPEP aura donc dans tous les cas beaucoup de peine à faire remonter les prix du pétrole sur le marché ?
Il faudrait que les pays membres fassent un effort plus grand que par le passé. Il faudrait un sens de la cohésion plus fort qu’au printemps, ce qui paraît en effet difficile à réaliser dans la situa­tion actuelle.
La consommation de pétrole mon­diale n’a pas augmenté par rapport à 1992. Ceci pose un problème, car pour garder la cohésion au sein de l’OPEP, il faut pouvoir distribuer quelque chose à chacun. Or, si le gâteau n’augmente pas, il n’y pas de redistribution possible. L’Equateur a déjà quitté l’organisation, et on parle maintenant également de l’éventuel départ du Venezuela. Ce qui est étonnant : le Venezuela a toujours été parmi les pays qui respectaient le plus les quotas fixés par l’OPEP. Mais un grand nombre de personnes politiques dans le pays sont en faveur de cette sor­tie de l’organisation, notamment parce que la création du NAFTA (Accord de libre-échange nord américain) pourrait aller dans la direction d’une meilleure circulation des produits pétroliers entre les pays de la zone.
Je ne vois toutefois pas une chute des prix du pétrole comme en 1985 et en 1986, qui avait été provoquée par une di­minution de la part de l’OPEP dans la production mondiale de pétrole. D’autre part, il faut souligner qu’en 1985, l’Arabie Saoudite avait absorbé pratiquement seule toute la baisse de la production de pétrole. Aujourd’hui, la baisse de consommation mondiale est mieux répartie, le fardeau est plus équilibré.
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