Les Vénézuéliens peuvent-ils croire à autre chose que la chance

Venezuela : vers l’après-pétrole (I)

samedi 9 août 1975

  JOURNAL DE GENÈVE     BUFFLE Jean-Claude

D’aucuns érigent la contradiction en système. Le Venezuela l’a érigée en système de gouver­nement. Il a des institutions politiques parfai­tement démocratiques et une distribution des revenus parfaitement antidémocratique. Les mœurs y sont égalitaires mais la mobilité sociale y est faible. Les Vénézuéliens se croient maîtres de leur destin, et ignorent que leur destinée n’est pas leur. « Toute transformation », écrit un historien contemporain, « est (au Venezuela) plus politique que sociale, et plus sociale qu’éco­nomique. » Plus, elle est politique pour ne pas être sociale, et sociale pour ne pas être écono­mique.

Mais quand on passe de Colombie au Vene­zuela, c’est la liberté, l’égalité et la prospérité qui paraissent venir à votre rencontre. Los Indiens Guajiros occupent toute la péninsule qui porte leur nom ; c’est une péninsule désolée que calcine le soleil ; la Colombie et le Venezuela se la parta­gent. Côté colombien, les Guajiros, tous réunis avec leurs chèvres et leurs ânes autour de leurs puits à éolienne, les femmes avec de longs cheveux noirs sur des boubous de toile écrue, les tommes vêtus seulement d’une, chemise et d’un pagne, dévisagent l’étranger de loin ; inquiets.

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