Rébellion écrasée au Venezuela

lundi 4 juin 1962

  BETANCOURT Romulo     AFP     JOURNAL DE GENÈVE

(C. M.) — L’histoire tourmentée du Vénézuéla joue sur deux notes dominantes : le pétrole et l’armée. Jusqu’en 1945, les officiers « seniors » de l’armée gouvernaient le Vénézuéla comme on mène une affaire personnelle, favorisant l’exploitation pétrolière par des firmes étrangères, contents d’empocher eux-mêmes des royalties fabuleuses.

En 1945 de jeunes officiers réformistes se rebellent contre leurs aines, appuyés par les adhérents du parti Accion Democratica de Bétancourt, premier parti à représenter les « petits * des villes, des campagnes et des champs pétrolifères. Des élections en 1947 confirment la confiance populaire en Accion Democratica, Qui entreprend un programme de réformes radicales : hausse brutale des taxes exigées des compagnies pétrolières étrangères ; système étendu de sécurité sociale ; organisation des ouvriers en syndicats ; réorganisation complète du système d’éducation nationale ; programme de développement et diversification économique ; projet de réforme agraire pour briser les latifundia.

Mais les jeunes officiers réformistes qui ont déclenché ce mouvement de fond s’inquiètent du radicalisme du gouvernement de Gallegos (Accion Democratica). Novembre 1948 : l’armée estime qu’elle est seule détentrice de la sagesse politique et s’empare du pouvoir. Dix ans de dictature militaire, sous la présidence du colonel Pèrez Jimenez depuis la farce électorale de 1953. Le pétrole — ce génie mauvais — voit son prix monter sur le marché mondial (Corée 1950, Suez 1956) : la dictature entreprend de grands travaux somptuaires, confiante en ses revenus illimités.