Trop de chômeurs, mais il faut importer des plombiers

Venezuela : la fin de l’âge d’or (III)

vendredi 11 août 1972

  JOURNAL DE GENÈVE     STEPCZYNSKI Vladimir

La jeune serveuse du « Caracas-Hilton », quand elle me sert le petit-déjeuner, me lance d’une voix claire : « Enjoy your breakfast, Sir ! ». Mais si, toujours en anglais, mon voisin de table interpelle et essaye de lui faire comprendre qu’elle ne lui a pas apporté ce qu’il avait commandé, elle ne comprend pas, s’affole et, au bord des larmes appelle le maître d’hôtel à son secours. Les rudiments du « service de classe inter­nationale » qui lui ont été enseignés en toute bâte ne vont guère plus loin que le « bonjour, bonsoir, bon appétit ».

Alors que le gouvernement, à cause du retard qu’il a pris dans l’industrialisation du pays, ne sait comment employer ses techniciens, ingé­nieurs ou économistes issus des classes aisées de la population et qui ont fait leurs études à Harvard ou au Poly de Zurich, il manque, toujours du fait de son imprévoyance, du personnel qualifié au niveau des métiers manuels et des services. « C’est quand même un comble, me disait ce Suisse établi à Caracas, qu’un pays en voie de développement soit obligé d’importer des plombiers italiens ou des mécaniciens portu­gais ! * Ainsi, dans ce pays qui a sauté à pieds joints de l’âge agricole à celui des services (du palmier dans la Cadillac, comme l’avouent en riant les Vénézuéliens eux-mêmes), l’Etat doit former à tour de bras tous ceux dont la civili­sation à l’américaine, celle d’une « élite », a besoin.