Trop longtemps une mentalité de nouveau riche

Venezuela : la fin de l’âge d’or (II)

jeudi 10 août 1972

  STEPCZYNSKI Vladimir     JOURNAL DE GENÈVE

Une plaisanterie, que l’on vous sert volontiers à Caracas, est assez révélatrice de la manière dont le gouvernement vénézuélien gère les res­sources du pays : lors de la création du monde. Dieu, qui n’avait guère donné que des Jaunes à l’Asie et des Noirs à l’Afrique, fut séduit par la beauté naturelle du Venezuela, qu’il combla de richesses, truffant son sous- sol de pétrole, d’or, de fer et de diamants couvrant ses vastes plaines de cacaotiers et de cannes il sucre. Puis, réalisant soudain l’in­justice de ce traitement préférentiel, il décida d’adjoindre à ses bienfaits quelques Véné­zuéliens. (Voir « Journal de Genève » du 9 août 1972.)

Le Venezuela d’avant le pétrole, celui de Simon Bolivar, des haciendas et des llaneros, vivotait grâce au cacao (qui est toujours le meil­leur du monde), à la canne à sucre et au bétail. Le pétrole, lorsqu’il jaillit il y a cinquante ans, fit la fortune d’une minorité : celle des immi­grants de tout poil (qui accouraient au rythme de 100 000 par an vers ce nouvel Eldorado), celle des trusts américains et celle de l’oligarchie du pouvoir, dictateurs en tête. Mais, pour la grande masse des Vénézuéliens, le pétrole n’a souvent signifié, outre l’irruption de la civilisation du Coca-Cola et du base-bail, qu’une aggravation des conditions de vie : ils ont quitté leurs terres pour venir s’entasser dans des villes où les prix grim­paient à une allure vertigineuse.